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A Abou Dhabi se construisent un musée du Louvre, un musée Guggenheim, des hôtels et restaurants de luxe... Autant de chantiers où les pratiques s'apparentent à un véritable esclavage moderne.

Atlantico : Que sait-on des conditions dans lesquelles travaillent les ouvriers du chantier de construction du Louvre Abou Dhabi ? En quoi sont-elles assimilables à de l'esclavage ?

Emmanuel Daoud : Le Louvre Abou Dhabi est un musée dont le chantier a démarré en 2010 et dont la livraison était en principe prévue pour 2015.

Dès le démarrage du chantier, les ONG ont dénoncé les conditions de travail des travailleurs migrants, en particulier Human Right Watch dans son rapport de mai 2009. Les travailleurs indiens et bengalis notamment ont été recrutés dans leur pays d'origine sur la base de frais de recrutement exorbitants et de promesses de salaires élevés mensongères.

Une fois sur place , le système de parrainage (kafala) mis en place par les employeurs leur interdit de quitter leur emploi, sauf à être renvoyés dans leur pays sans indemnité. Leurs passeports sont confisqués, les cadences de travail sont excessives, les rémunérations pas toujours versées en temps et en heure (et il s'agit de salaires de misère sans rapport avec le temps de travail effectif), les conditions de travail sous une chaleur accablante et sans temps de pause adapté conduisent à de nombreux accidents de travail graves et trop souvent mortels par rapport aux standards occidentaux pour ce type de chantier du BTP. Bien évidemment, aucune indemnité n'est versée aux accidentés ou à leurs ayants-droits. En outre, les conditions d'hébergement, en particulier des salariés des sous-traitants, sont dignes de taudis.
(...)

Suite au rapport publié par Amnesty international le 17 novembre, The Dark Side of Migration: Spotlight on Qatar’s construction sector ahead of the World Cup, le côté sombre de la migration : pleins feux sur le secteur du bâtiment du Qatar en préparation de la Coupe du Monde, la communauté internationale a exprimé sa colère face à ces conditions. Mais aucune mesure n'a été prise pour endiguer ce problème. Comment l'expliquer ? Manque t-elle de moyens juridiques pour agir ?

De la loi relative à l'esclavage (adoptée à Genève le 25 septembre 1926) à la Convention du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains (adoptée à Varsovie le 16 mai 2005), en passant par la Convention de l'Organisation internationale du travail sur l'interdiction du travail forcé (Convention n°105 de l'OIT adoptée à Genève le 25 juin 1957), les États se sont engagés à reconnaître l'esclavage comme un crime et à lutter contre la pratique des servitudes et des travaux forcés en tous genres. N'oublions pas non plus les différentes déclarations universelles des droits de l'Homme, textes à valeur supra-nationale et applicables par les juges nationaux. Enfin, la pénalisation accrue de ces pratiques à travers le monde constitue une arme à l'attention de tous types d'acteurs, personnes morales physiques ou morales, entreprises nationales ou transnationales.

Pourtant, 21 millions de personnes seraient soumises aujourd'hui à des conditions de vie et de travail qui s'apparentent à de l'esclavage (OIT,Global Estimate of Forced Labour 2012: Results and Methodology, 1er juin 2012).

Face à ce constat et pour répondre à votre question, je ne crois pas à l'impuissance de la communauté internationale mais bien à une forme de complicité qui est induite par la sauvegarde d'intérêts économiques placés au-dessus de la défense réelle des droits de l'Homme et en particulier des droits des travailleurs migrants .

En réalité, à l'heure où la globalisation des activités économiques entraîne un effacement des frontières, et alors même que les entreprises françaises par exemple (Bouygues, Vinci avec sa filiale QDVC [joint-venture avec le fonds d'investissements Quatari Diar ]) sont très présentes et actives dans le Golfe (mais elles ne sont pas les seules) dans la réalisation de travaux publics d'envergure ou la construction de grand projets, il est indéniable qu'une répression efficace des pratiques esclavagistes doit passer par la concrétisation du risque pénal en droit du travail. L'Etat français, à travers les différents engagements par lui souscrits, a une réelle obligation de moyen dans la lutte contre l'esclavage.

(...)

Lire la totalité de l'article ici.

http://www.atlantico.fr/decryptage/apres-stades-qatar-musees-abu-dhabi-esclaves-reves-grandeur-culturelle-emirats-arabes-unis-emmanuel-daoud-1718402.html/page/0/1

Après les stades du Qatar, les musées d’Abu Dhabi : les esclaves des rêves de grandeur culturelle des Emirats Arabes Unis
Tag(s) : #Etat du monde

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