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(SHARIA, Kurdistan irakien) Les djihadistes du groupe État islamique ont pris le monde au dépourvu, au cours des derniers mois, en déboulant à une vitesse fulgurante dans le nord de l'Irak. Ils ont semé la terreur, la mort et la désolation sur leur passage. Notre journaliste est allée à la rencontre de leurs victimes. Voici l'histoire déchirante d'hommes et de femmes qui ont absolument tout perdu.

Dix minutes. C'est tout ce qu'il aurait fallu pour éviter l'horreur. Dix minutes de plus pour atteindre le mont Sinjar. Dix minutes de plus pour fuir le délire sanglant des djihadistes qui avaient entrepris de «nettoyer» les villages yézidis, une petite et très ancienne minorité religieuse établie au nord de l'Irak, à coups de massacres et d'enlèvements.

C'était le 3 août. Amsha Ali, son mari et sa belle-famille marchaient depuis plus d'une heure. Ils avaient tout largué dans l'espoir d'augmenter la cadence; le pain, l'eau, même le lait pour le bébé. Mais il était trop tard. Avant qu'ils n'aient pu atteindre la montagne, les combattants du groupe État islamique (EI) ont fondu sur eux à bord de leurs VUS. «Ils criaient Allah Akbar en tirant des coups de feu, raconte Amsha. Ils ont forcé mon mari à s'étendre face contre terre et l'ont tué.»

Il s'appelait Khalil Khalaf Rasho. Il avait 22 ans.

Les combattants ont aussi tué les parents de Khalil, mais ont épargné sa femme Amsha et sa petite fille de 21 mois, Moayed. Ils avaient d'autres projets pour la jeune yézidie. «Ils m'ont embarquée dans une voiture et m'ont dit: si tu bouges, nous tuerons aussi ta fille. Alors, je suis restée.»

Les combattants ont amené Amsha et sa fille à Mossoul. La deuxième ville en importance d'Irak est tombée le 10 juin aux mains de l'EI, en grande partie grâce au soutien de la population sunnite locale. «Ils nous ont enfermées dans une grande salle de réunion. Il y avait au moins 1000 femmes là-dedans, beaucoup avec leurs enfants. Ils nous ont demandé nos papiers d'identité. Une femme était chiite; ils l'ont tuée sur-le-champ.»

Un sort que d'autres femmes captives, au fil des jours, en sont venues à envier. Pour elles, il aurait été plus facile de mourir que d'être violées sans arrêt. Amsha, 19 ans, enceinte de trois mois, n'a pas été épargnée. «Nous avons toutes été violées. Toutes», dit-elle d'une voix blanche, les yeux fixés au sol.

Autour d'elle, des hommes l'écoutent en silence. Son père, qui l'a recueillie dans sa maison de Sharia, au Kurdistan irakien. Ses frères, ses cousins. Le malaise est palpable. En général, ces choses-là ne se disent pas. Surtout pas devant les hommes de la famille. Mais cette fois, malgré la honte, il faut parler. Dénoncer. Pour toutes les femmes qui sont restées derrière.

«Un jour, les combattants nous ont demandé d'enlever nos foulards et de sourire pour prendre des photos. Celles qui ne souriaient pas étaient battues.» Ces photos, c'était pour fabriquer un catalogue. Un catalogue de femmes à vendre.

«Peu après, ils nous ont emmenées en minibus dans une maison appelée le marché des femmes. Les gens pouvaient y acheter une femme pour 15 000 dinars (14$) chacune. Les acheteurs étaient surtout des Arabes de Mossoul, mais d'autres venaient de la Syrie. Certains les revendaient à leurs amis.»

Un combattant de l'EI, Zeid, a voulu épouser Amsha. Elle a refusé. «Il s'est fâché et m'a dit qu'il allait me vendre à un Syrien. Il m'a enfermée dans une maison de Mossoul. J'ai attendu que la nuit tombe, et j'ai réussi à forcer la porte. Les gardes dormaient. J'ai pris ma fille et je me suis enfuie.»

Pendant des heures, Amsha a erré dans les rues désertes. Un vieil Arabe l'a trouvée. «Que fais-tu là en pleine nuit, sans hidjab?», lui a-t-il demandé. «J'avais peur, mais je lui ai tout raconté et il a eu pitié de moi. Il m'a cachée dans sa maison. Au bout de trois jours, il m'a donné le hidjab et les papiers d'identité de sa propre fille pour tromper les djihadistes et m'aider à quitter la ville.»

Amsha a été prisonnière de l'EI pendant 25 jours. Elle a réussi à fuir, mais des centaines, voire des milliers d'autres femmes et enfants sont toujours entre les griffes de l'organisation. Violées à répétition. Mariées de force. Vendues au marché, comme des esclaves. Cela ne se passe pas au Moyen-Âge. Ça se passe aujourd'hui. Et ça se passera encore demain.

À Mossoul, les forces de l'IE semblent pour le moment indélogeables.

http://www.lapresse.ca/international/dossiers/le-groupe-etat-islamique/201409/26/01-4803719-dans-les-griffes-des-fous-dallah-au-marche-des-femmes.php

Tag(s) : #Etat du monde

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