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Le sénateur-maire de Mende (Lozère), Alain Bertrand, a remis un rapport alarmiste à la ministre de l’Égalité des territoires et de la Ruralité, Sylvia Pinel. Il dénonce l’« abandon » d’une frange du territoire national, qui arriverait au « point de rupture ».

Pourquoi proposez-vous cette nouvelle terminologie d’hyper-ruralité ?

Cela fait des années que j’essaye de faire passer ce message : lorsque l’on habite à 20 kilomètres de Montpellier, ce n’est pas la même ruralité qu’en Lozère. Il y a des outils qui existent comme la loi Montagne, mais c’est insuffisant. Je suis repassé dans la Creuse récemment et j’ai été stupéfait de constater à quel point des chefs-lieux de canton sont exsangues : il y a dix ans il y avait encore deux quincailleries, trois cafés, il n’y a plus aujourd’hui qu’un commerce.

Les fonctions de bourg centre disparaissent et l’abandon technologique en accentue les effets : l’Internet ne passe pas, la téléphonie mobile ne passe pas. Avant le TGV, il fallait six heures pour faire Mende-Paris en train. Aujourd’hui il faut dix heures !

N’y a-t-il pas un parallèle à faire avec la déshérence des ghettos urbains ?

La relégation n’est pas de même nature mais la réalité c’est une précarité très présente et la création de catégories de sous-citoyens. Les habitants de Moutier-Rozeille payent aussi la TVA et l’impôt sur le revenu?!

Nous savons qu’il y a de la souffrance dans les banlieues, mais on peut attendre des élus des grandes villes plus de solidarité avec les hyper-ruraux

Faut-il des mesures financières incitatives ?

Il y a déjà des zones de revitalisation rurale dont il faudrait resserrer les critères d’égibilité. Ce que je propose ne coûte rien, ce sont des mesures fonctionnelles, de bon sens. Aujourd’hui, le moindre projet dans une petite commune nécessite une étude à 40.000 euros, confiée à un cabinet privé, aux prestations parfois insuffisantes.

Il n’y a plus les compétences nécessaires dans les directions départementales. Or, ces ressources de matière grise, on les a dans les ministères?! Des équipes spécialisées, réunies dans un pôle de l’hyper-ruralité, peuvent se déplacer et jouer ce rôle de conseil. Je préconise aussi le droit à l’expérimentation. Les projets privés comme publics sont étouffés par des normes conçues sur des critères urbains.

Votre rapport est critique vis-à-vis de la décentralisation. Vous préconisez le retour d’un État jacobin ?

La décentralisation a incité à la compétition entre les territoires. Autrefois, on parlait de Paris et du désert français. Les grandes villes et notamment les capitales régionales ont reproduit le même phénomène : concentrer les richesses et les compétences en créant des déserts autour. On entasse !

Ce que je propose, c’est l’obligation de prendre en compte l’hyper-ruralité dans toutes les planifications, à tous les échelons. Aujourd’hui, le seul critère c’est le nombre d’habitants, donc on a droit à rien. On transforme les collectivités de l’hyper-ruralité en perpétuelles pleureuses. Il faut changer de dogme.

Mais la tendance générale n’est-elle pas de renforcer les métropoles ?

Justement, ce que je propose c’est une démétropolisation. Qu’est-ce qui interdit d’installer un laboratoire de recherche universitaire en milieu rural?? En outre, en tant qu’aire de loisirs et de décompression, les territoires hyper-ruraux participent à l’attractivité des métropoles. Et par conséquent à leur production de richesses.

http://www.leberry.fr/cher/actualite/pays/boischaut/2014/09/14/un-rapport-senatorial-tire-la-sonnette-sur-la-situation-des-campagnes_11142491.html

Un rapport sénatorial tire la sonnette sur la situation des campagnes
Tag(s) : #Deliquescence

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