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C'est une jeune femme à la silhouette fine et déliée, qui parle « cash ».

On la rencontre discrètement à la Maison de quartier de Saint-Jacques, pas loin du logement familial. Myriam refuse la photo et demande un prénom d'emprunt. C'est la condition. Pas envie d'être reconnue. Myriam sait être en décalage. Élevée en France, elle aspire à la vie des jeunes filles de son âge. Sauf que bien souvent, dans la culture africaine, jusqu'au mariage, les femmes restent soumises à l'autorité patriarcale. « Je ne peux pas partir de chez mes parents et avoir un logement seule : ce sera possible uniquement quand je serai mariée. Mais encore faut-il trouver quelqu'un qui corresponde aux critères de la famille. Là, c'est chaud », raconte-elle avec la tchatche généreuse d'une clownette à mimiques, frondeuse jamais en mal d'une pirouette.

Côté travail, l'horizon a longtemps été sombre. Malgré son BTS, Myriam est restée deux ans sans emploi. Bonne nouvelle : elle vient de décrocher un CDI dans le secteur tertiaire. « C'est dur de trouver un boulot quand ce n'est pas marqué "française" sur ta carte d'identité ». Et d'évoquer ces entretiens passés « pour des postes que j'aurais été capable d'exercer », où les réponses négatives se sont enchaînées. « J'ai des grands sourires et tout. Mais à la fin, on dit : "Désolé, on ne vous a pas retenu". Quand tu arrives dans une entreprise où tu ne vois pas un seul noir, pas un seul arabe, même si l'entretien se passe bien, tu te dis : "Je ne serai pas prise". Et c'est ce qui se passe, tout le temps. »

Du coup, Myriam vit toujours à Saint-Jacques, chez papa-maman. Pas facile, tant le décalage est grand entre la jeune femme qui a grandi à la française et ses parents, héritiers de la coutume africaine. « Je ne dis pas ce dont j'ai envie, à la maison. C'est ménage et cuisine. Je me sens à des années lumière de mes parents. Ils ont des coutumes musulmanes. Pour eux, c'est : "T'es une fille, tu fais la cuisine et le ménage et tant que t'es pas mariée, tu restes à la maison et tu gardes ta virginité". Les temps ont changé on va dire ! »

Selon Myriam, elles sont rares les jeunes filles à s'être affranchies du poids de cette culture. « Aucune fille de Saint-Jacques n'a dit stop. Elles se marient et rentrent dans le moule. J'ai l'impression que je serai obligée, moi aussi. Donc tu ne peux pas suivre ta vie. Certaines se sont mariées alors qu'elles avaient rencontré depuis deux mois le garçon. Certaines ne le connaissaient carrément pas. Celles qui refusent et partent se font renier. »

Ses frères, eux, ont toute liberté. « Ils dorment où ils veulent et sortent où ils le désirent car ce n'est pas eux qui vont rentrer enceinte à la maison. Le soir, je ne sors pas, je ne vais pas en vacances. Le week-end, c'est à la maison. Et les vacances c'est la maison, le quartier et Sable show. Il faut que je sois à la maison à 20 heures max. »

Alors, forcément, le boulot, elle le voit comme une échappatoire, une porte de sortie, elle qui longtemps s'est demandée quelle serait sa réaction si on lui proposait un poste dans une autre région. « J'aurais accepté. Mais mes parents non. On en aurait discuté, mais ils auraient mis leur veto. "Elle va dormir où ?", auraient-ils dit. »

http://www.lamontagne.fr/auvergne/actualite/departement/puy-de-dome/clermont-ferrand/2014/11/17/myriam-23-ans-etre-une-fille-ici-cest-chaud_11221806.html

Myriam, 23 ans : « Etre une fille, ici, c’est chaud… »
Tag(s) : #Communautarisme

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