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Bordel dans le camp de concentration de Mauthausen, en Autriche
Bordel dans le camp de concentration de Mauthausen, en Autriche

Bordel dans le camp de concentration de Mauthausen, en Autriche

Le sujet de la prostitution forcée dans les camps nazis a longtemps été tabou : « Il y avait des directives pour que l’on n’aborde pas ce sujet avec les visiteurs », reconnaît Insa Eschebach, la directrice du Mémorial de Ravensbrück, ajoutant qu’ « on voulait éviter les malentendus, empêcher que la présence de bordels fausse la vision et relativise l’horreur des camps ».

Un article de Régis Schlagdenhauffen-Maïka, sociologue, intitulé « Promotion de la prostitution et lutte contre l’homosexualité dans les camps de concentration nazis » explique que « selon les fédérations de déporté-e-s, les mentionner aurait pu décrédibiliser la réception de l’engagement et du combat des internés politiques ».

Il précise que « dès le lendemain de la libération des camps, nombre de témoignages faisaient état de l’existence de bordels et de prostituées. Parallèlement à l’établissement d’une mémoire de papier, les Sonderbauten (bordels) étaient rasés pour les faire disparaître de la topographie de certains camps. Les Gedenkstätten (mémoriaux des camps) avaient choisi de passer sous silence l’existence des bordels. A Buchenwald, une directive des années 1950 interdisait de faire mention du bordel durant les visites guidées. A Auschwitz non plus, il n’est guère fait mention du bordel ».

Le sociologue explique qu’un « mythe » a été fabriqué autour de cette prostitution pour faire croire à un volontariat de celles qui la pratiquaient, écartant de fait toute recevabilité de demande de reconnaissance à ces femmes, pourtant tout aussi victimes de la barbarie nazie que d’autres, leur statut de déportées.

Il semblerait donc que les victimes des nazis ne soient pas toutes logées à la même enseigne puisque nombre d’entre elles sont systématiquement occultées et ignorées par la mémoire collective, par les médias et par l’Histoire dans une injustice caractérisée au prétexte d’empêcher que le message politique soit brouillé, comme si la perte de certains humains devait nécessairement être plus regrettable que celle d’autres humains.

Que penser de ces falsifications et de ces occultations historiques de lieux et de faits pourtant sans cesse brandis en référence ?

Ces prostituées forcées des camps nazies n’ont donc jamais été réhabilitées. « Même après « la guerre, elles ont continué à être stigmatisées et traitées d’asociales ; l’opinion laissait entendre qu’elles avaient été volontaires », selon Robert Sommer, historien allemand.

Recrutées dans les camps de concentration pour femmes de Ravensbrück ou d’Auschwitz-Birkenau, le plus souvent contraintes mais parfois aussi sur la promesse – jamais tenue - d’une libération prochaine en échange de leurs services aux SS, ainsi qu’aux prisonniers les plus méritants incités ainsi à collaborer tout en évitant que se créé une solidarité entre eux, on estime qu'au moins 34 140 femmes détenues, non juives, ont été forcées de se prostituer.

Majoritairement polonaises et allemandes âgées de 20 à 30 ans, ces femmes étaient sélectionnées pour certaines d’entre elles pour leur « asociabilité » et exerçaient dans des bâtiments entourés de barbelés réservés à cet effet à l’intérieur des camps. Ces baraquements comprenaient des petites chambres individuelles prévues pour vingt prisonnières contrôlées par une surveillante. Rapidement sujettes à l’épuisement et à la maladie, parfois soumises à des expériences médicales, réduites à l’état d’épaves, ces femmes étaient fréquemment remplacées avant d’être tuées. Certaines d'entre elles subissaient des stérilisations, prenaient des remèdes abortifs ou étaient tuées en cas de grossesse.

A Auschwitz, les prisonniers exerçant des fonctions essentielles dans le camp étaient donc ainsi récompensés. Toute l’activité se déroulant dans ces bâtiments spécifiques transformés en bordels, était soigneusement répertoriée et dûment notée sur des fiches où était apprécié le « rythme de travail » et le degré d’intimité entre la prostituée et son client.

Quant aux prisonniers homosexuels, ils étaient contraints, afin de les « guérir » de leur attirance pour le même sexe et de leur faire connaître « les joies du sexe opposé », de se rendre au bordel, sur ordre de Himmler en personne.

Liens :

http://www.liberation.fr/monde/2009/09/10/dans-les-bordels-des-camps-nazis_580557

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bordels_des_camps_allemands_pendant_la_Seconde_Guerre_mondiale

http://trajectoires.revues.org/109

https://sanscompromisfeministeprogressiste.wordpress.com/2015/01/27/dans-les-bordels-des-camps-nazis/

Tag(s) : #Histoire en memoire

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