Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

PHOTOS IAN TEH / AGENCE VU

PHOTOS IAN TEH / AGENCE VU

Durant l’hiver parisien, les jeunes des cités franciliennes partent faire la fête à Phuket, une île du sud de la Thaïlande. Ils dépensent des sommes colossales, souvent d’origines douteuses.

(article complet ici)

Patong beach, île de Phuket, Thaïlande. (…) Pendant l’hiver, les jeunes des cités grises de la petite couronne investissent ce coin de l’île de Phuket, centre névralgique du tourisme sexuel et festif. A plus de 10 000 kilomètres de chez eux, ils y ont créé leur autre banlieue. Qu’ils y passent de simples vacances ou viennent y dépenser l’argent du trafic de cannabis, loin des brigades des stups, ils se retrouvent dans les mêmes bars, les mêmes boîtes de nuit, les mêmes hôtels et sur les mêmes plages. La cité et les codes de ceux que les Thaïlandais de Phuket appellent les French Arabics (Arabes français) y sont reconstitués. D’ailleurs, un quartier entier de Patong est rebaptisé « Les 4 000 », du nom d’une cité de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Au cœur d’une dizaine de blocs d’immeubles de cinq étages qui abritent des hôtels bon marché et des restaurants, on retrouve l’esprit et les habitudes des cités.

(…)

Les restaurants halal français s’alignent entre les guesthouses (chambres d’hôtes), les coiffeurs proposant « la coupe française » et les bars à chicha. A la carte du Green Ice 2, adresse incontournable de cette rue sinueuse : escalope de poulet halal, burger frites et salade à la sauce algérienne. Le bar est la réplique du Green Ice de La Courneuve, sandwicherie appartenant officieusement aux Houmani, redoutable fratrie de dealeurs du 93, arrêtés en mai 2014.

(…)

La clientèle des cités est si importante à Phuket que les rappeurs français viennent s’y produire. Le 11 mars, la nouvelle coqueluche des amateurs de rap, Gradur, fait un concert au Seduction, la discothèque la plus prisée. A 24 ans, « L’Homme au bob », du nom de son album, se devait de se produire à Patong, « qui fait désormais partie du circuit de la réussite, autant que certaines salles de la région parisienne, de Marseille ou de Lyon », explique Alex Kirchhoff, directeur de son label, Millenium Barclay. « En Thaïlande, les jeunes de banlieue fréquentent des établissements tenus par des Français, qui font venir les rappeurs parce qu’ils ont le public », poursuit-il. Le lendemain du concert de Gradur, l’Illuzion, l’autre grosse discothèque de Bangla Road, riposte en accueillant sur scène le rappeur franco‑algérien Rim’K et la chanteuse de R’n’B Kayna Samet.

Les Thaïlandais présents, eux, sont barmen ou chargés de la sécurité. Les femmes, prêtes à monnayer leurs charmes, savent, elles, que ces Français ont de l’argent, « certaines apprécient leur côté bad boy », selon un client. Entre les morceaux qu’ils connaissent par cœur et les selfies en série, les spectateurs hurlent quand les stars chauffent la salle en s’assurant que « les Parisiens, les Marseillais, les Algériens, les Marocains, le 9-2, le 9-3… sont bien là ? » Sur scène, Rim’K chante, comme Gradur, devant un écran géant diffusant ses clips tournés en Thaïlande, remplis de grosses voitures, flingues, billets de banque et filles.

(…)

Si une partie des vacanciers a économisé pour s’offrir deux ou trois semaines au soleil, d’autres dépensent à Phuket l’argent du trafic de drogue. Depuis une dizaine d’années, les enquêteurs français de la brigade des stupéfiants entendent, sur les écoutes téléphoniques, les suspects évoquer leurs voyages et en trouvent des traces lors de perquisitions. « Patong, c’est aussi le tourisme mafieux », constate le manager du Gueko Bar. Chez un dealeur présumé arrêté à Noël, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), dans un appartement où était stockée 1,2 tonne de haschich, la police a trouvé des billets d’avion pour Phuket. « On déniche souvent des photos qui attestent ces voyages, commente un enquêteur. Les trafiquants de drogue prennent la pose sur les plages, sur des motos ou avec des kalachnikovs. »

(…)

Derrière le bar, les serveurs thaïlandais préfèrent oublier que ce flacon à 1 300 euros coûte cinq fois leur salaire mensuel. « On a des tables à 15 000 euros », confie le patron du lieu, évaluant la part de l’argent issu du « deal de shit » (trafic de cannabis) à 50 % de son chiffre d’affaires.

(…)

Destination plaisir, destination blanchiment, Phuket est aussi un « lieu de travail » pour les spécialistes des arnaques à la carte bancaire et une possibilité de repli pour les voyous. « Avec tous les établissements tenus par des Français, les délinquants ont des réseaux sur place, qui leur permettent de se “mettre au vert” », relève un commissaire parisien. C’est ce qu’avait fait Hassen Belferroum, l’un des braqueurs condamnés fin février pour les braquages de la bijouterie Harry Winston, avenue Montaigne, à Paris (8e). C’est ce qu’avait prévu Bouchaïb El Kacimi, condamné en octobre à vingt ans de prison pour trafic de cannabis.

(…)

Quand certains débarquent à Phuket avec des liasses de billets de 500 euros, d’autres se servent sur place en piratant les distributeurs de billets de banque. Le 28 février, cinq personnes ont été arrêtées par la police thaïlandaise. Les deux principaux suspects, âgés de 29 ans, sont originaires de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) et sont sous le coup d’un mandat d’arrêt délivré par un juge parisien dans un dossier de fraudes à la carte bancaire.

LES LOCAUX PARLENT DES FRANÇAIS

Propriétaire d’un bar restaurant sur la plage de Laem Sing Beach depuis trente ans, le Thaïlandais Ali observe ces Français qui fréquentent tant sa plage qu’elle a été rebaptisée « La Plage des Français ». « Certains sont des gangsters qui se tirent dessus chez eux, mais ici, je le vois, ils sont amis », remarquait-il en 2014, évoquant les règlements de compte marseillais. Ali constate la richesse de ses clients, « surtout les French Blacks, qui portent les plus belles montres et dépensent beaucoup. » Les touristes des cités peuvent soudoyer la police quand ils sont arrêtés, parfois juste parce qu’ils ne portent pas de casque à moto. « Les French Arabics ne respectent pas les règles, mais ont peur d’aller en prison, donc ils paient. » Non loin de Bangla Road, un commerçant ne s’émeut pas de savoir certains Français en prison. « Ils ont un mauvais comportement, ne respectent pas leurs femmes, qu’ils laissent dans leur pays, ni les Thaïlandaises prostituées qu’ils viennent voir », s’emporte-t-il.

http://leparisienmagazine.fr/affaire-le-paradis-thai-des-dealeurs-de-banlieue-113014/

Tag(s) : #Etat du monde

Partager cet article

Repost 0