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A Téteghem, les passeurs font la loi mais le maire défend "sa jungle"

Il ne s’attendait pas à ça, Franck Dhersin ! Filmé sous toutes les coutures, ce mardi après-midi, par la télévision britannique, donnant des interviews à la presse écrite, pour parler du camp de migrants de Téteghem. À renfort de grands gestes, il cherche à se faire comprendre dans un anglais qui doit sembler folklorique à ses interlocuteurs pour expliquer ce qu’il se passe dans sa commune depuis sept ans. Mais pourquoi les Britanniques ont-ils débarqué en force, s’intéressant subitement à ce « petit » camp qui n’a jamais suscité d’intérêt médiatique ? « Je fais le buzz ! », se plaît à répéter le maire.

Tout a commencé avec la publication d’une interview accordée au Daily Mail le 31 juillet, suivie d’un entretien sur Sky News trois jours plus tard au sujet des passeurs présents dans le camp de migrants. Les voitures aux plaques d’immatriculation britanniques révélant l’origine du réseau ont mis le feu aux poudres. Plusieurs journalistes et photographes ont alors débarqué à l’entrée du camp lundi, dans l’espoir d’interroger un passeur et se sont fait gentiment pousser vers la sortie par ces derniers, armés.

Ils sont alors revenus questionner le maire sur ses déclarations. « Pourquoi ne pas détruire le camp ? », soulève un journaliste britannique. « Vous savez, si on les chasse, ils s’installeront forcément ailleurs. Ici les migrants ont des conditions de vie décentes. Le problème, rappelle le maire, ce ne sont pas les migrants, mais les passeurs. »

Sous les yeux de la presse britannique, le maire doit même négocier l’entrée dans le camp auprès de l’un d’eux. « C’est ma jungle », gronde un passeur. « Non, c’est moi le chef de cette jungle », renchérit le maire.

L’eurodéputé britannique, Mike Hookem, issu du parti eurosceptique UKIP, était également du déplacement. L’homme politique voulait « constater la situation pour ensuite écrire un rapport » qu’il transmettra au gouvernement britannique et au parlement européen.

Un député européen et des journalistes agressés

Quand ils ont débarqué dans le camp de Téteghem, lundi, caméras à l’épaule, appareils photo brandis, accompagnés du député Mike Hookem, les journalistes ont été reçus par des passeurs qui n’avaient pas forcément envie de passer à la télé. L’un d’eux a exhibé une arme de poing, menaçant le député en ces termes : « Si tu dégages pas, on te tire dessus. » Puis à une journaliste anglaise : « Si tu pars pas dans trois minutes, je te viole. » Ils ont dû déguerpir sous une pluie de cailloux atterirssant sur les carrosseries des véhicules des journalistes. Une plainte a été déposée hier au commissariat de Dunkerque.

Ce mardi, nous avons interrogé le député pour savoir s’il avait connaissance de démantèlement de réseaux mafieux de passeurs en Grande-Bretagne. Non, il n’en a jamais entendu parler. De même qu’il a appris sur place que le trafic était organisé depuis son pays...

Quand le luxe s’invite dans la «jungle»

Le phénomène n’est pas nouveau. Chaque semaine, les passeurs investissent le camp de Téteghem (idem à Grande-Synthe) en garant leurs grosses cylindrées rutilantes immatriculées en Grande-Bretagne. Un vrai ballet pour amateurs de voitures de luxe. « La semaine dernière, c’était une grosse BMW », s’emporte le maire de Téteghem. Ce mardi, on pouvait admirer une Volkswagen Passat et une Audi A6 break. Il y a quelques mois, « j’ai fait enlever une magnifique Jaguar intérieur cuir », précise le maire.

Voilà ce qui a fait bondir les médias anglais, plus qu’un état des lieux du camp de Téteghem (entre 75 et 80 migrants à ce jour) qui n’a rien d’exceptionnel et fait figure de « camping familial » comparé à la situation calaisienne. « Lorsque les Anglais ont su que les têtes de réseaux étaient chez eux et que le trafic était organisé par des ressortissants britanniques en grosses voitures, j’ai fait le buzz ! ».

Car chose étonnante, les Anglais semblent découvrir que les réseaux de passeurs dirigent leur organisation criminelle depuis le sol britannique. Une évidence pour la justice française, qui se vérifie à chaque fois, depuis des années, lorsque des passeurs sont interpellés. Une justice qui ne manque jamais de communiquer à ses homologues outre-Manche les éléments d’enquête mettant en cause les têtes de réseaux, résidents britanniques. Mais il y a peu de retours. La coopération judiciaire franco-britannique a toujours été plus compliquée, par exemple, que les échanges avec nos voisins belges.

http://m.lavoixdunord.fr/region/teteghem-le-maire-franck-dhersin-fait-le-buzz-dans-la-ia17b47622n2987110

Tag(s) : #Anti-France

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