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Abu Abdallah, couturier de l'EI, préparait les ceintures d'explosifs sur mesure

(…)

« Je ne suis pas un boucher ni quelqu’un de sanguinaire. J’ai juste ­appliqué un plan dans le cadre du djihad. » Le terroriste est efflanqué mais se dit bien traité. Les officiels assurent qu’il livre spontanément quantité d’informations. Des confidences qui ne permettront pas forcément de remonter sa filière : par sécurité, les cellules de l’Etat islamique agissent indépendamment les unes des autres, et chaque activiste en sait le minimum. En parlant, Abu ­Abdallah cherche surtout à gagner du temps. Il repousse la sentence qui ne manquera pas de tomber : la peine de mort.


Les activistes de Daech se laissent rarement prendre vivants. Une fois cernés, ils se font exploser ou avalent une capsule de poison. Le spécialiste des attentats-suicides, lui, n’en a pas eu le temps. On a même réussi à saisir le contenu de son atelier de fabrication d’explosifs, dissimulé ­derrière une enseigne de garage automobile. Le « garagiste » décidait du lieu de chaque attentat, équipait les terroristes, leur fournissait ceinture d’explosifs ou voiture piégée, puis les accompagnait à ­destination. A-t-il songé à se transformer un jour en « martyr » de sa cause ? « Non, ce n’était pas mon travail », ­répond-il sobrement.

Abu Abdallah s’exprime avec la fierté du cadre qui s’est élevé au-dessus du lot : « Je ne suis pas un simple adepte mais un penseur, un planificateur. Les responsables militaires de l’Etat islamique m’ont sélectionné. Et j’ai vite prouvé ma compétence. » L’homme se concentre, semble attaché à la justesse du moindre détail qu’il s’apprête à donner. Pour les voitures piégées, il dit utiliser du plastic C4 ou des explosifs extraits de missiles. « Mais pour les ­ceintures, je perçais surtout les munitions de batteries antiaériennes, parce que leur poudre est particulièrement puissante. Ensuite, je préparais des vestes et des ceintures de plusieurs tailles. » Du prêt-à-porter prêt à tuer. Avant un attentat, ses commanditaires lui envoient les mensurations du ­prochain candidat au « martyre ». ­Ensuite, il n’a plus que des ajustements mineurs à opérer. Une ­organisation ­minutieuse qui permet à Abu Abdallah de passer le moins de temps possible avec ceux que le « commandement militaire » lui envoie un par un.

(…)

La plupart de ses « clients » ne passent au garage que pour les ­ultimes préparatifs. Il ne faut pas attirer l’attention : pas la moindre barbe mais des ­cheveux soigneusement coiffés avec du gel, un tee-shirt anonyme… Tous ces jeunes gens se montrent sereins, « parfois même joyeux ». En enfilant leur ceinture d’explosifs, ils se réjouissent et disent : « Ah, ça s’ajuste bien ! » Abu Mohsen Qasimi, un Syrien, n’a cessé de plaisanter jusqu’au bout. Quand il a pris congé de son mentor, il ne lui restait plus que deux minutes à vivre. « Avec un Saoudien, raconte Abu Abdallah, j’avais pris le volant pour la première partie du trajet. Et je me demandais comment nous pourrions échanger nos places discrètement… On s’est arrêtés et on a fait semblant d’avoir un problème mécanique. Personne n’a rien remarqué. Qu’est-ce qu’on a ri ! » Quand on lui demande s’il recommencerait, c’est, de tout l’entretien, la seule question qui le déstabilise. Il abandonne son air enjoué, pâlit, puis dit qu’il ne peut pas répondre.

Ses « compétences » reposaient ­notamment sur sa connaissance intime de Bagdad. « C’est ma ville, dit-il. J’y suis né. Le week-end, mes parents m’emmenaient au zoo et mon père m’achetait une glace. » Des souvenirs heureux… Pourtant, aucun lieu, aussi aimé soit-il, n’est tabou quand il faut sélectionner le site d’un futur attentat : « Je les choisissais pour qu’un maximum de gens soient ­atteints, surtout des policiers, des soldats et des chiites. Des check-points, des marchés, des mosquées… Seulement des mosquées chiites. » Des musulmans, donc. Et plus spécifiquement, pour lui, d’anciens coreligionnaires. « Oui, mais les chiites sont des infidèles. Ils n’ont qu’à se repentir et devenir sunnites. Je pensais que les témoins des explosions seraient effrayés et qu’ils commenceraient à réfléchir. Je voulais continuer jusqu’à ce qu’ils se convertissent tous. Ou qu’ils émigrent. Peu importe quand. Peu importe ! »

http://www.parismatch.com/Actu/International/Abu-Abdallah-le-couturier-de-Daech-C-est-moi-qui-preparais-les-kamikazes-807700?utm

Tag(s) : #Etat du monde

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