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Bernac (Charente), le 28 juillet. Paul François est reconnu victime d'intoxication après l'emploi d'un herbicide de la firme Monsanto.  AFP/Thibaud Moritz

Bernac (Charente), le 28 juillet. Paul François est reconnu victime d'intoxication après l'emploi d'un herbicide de la firme Monsanto. AFP/Thibaud Moritz

La cour d'appel de Lyon a reconnu le groupe américain Monsanto coupable de l'intoxication d'un agriculteur par un de ses herbicides.

C'est une première en France. La cour d'appel de Lyon (Rhône) a confirmé qu'un herbicide de Monsanto était responsable de l'intoxication d'un agriculteur français.

Ce dernier est partiellement handicapé et souffre d'importantes séquelles. Le groupe américain, déjà reconnu coupable en première instance à Lyon en 2012, devra donc bien l'indemniser «entièrement».

A l'audience d'appel, au mois de mai, Monsanto a répété que son produit «n'est pas dangereux» et que «les dommages invoqués n'existent pas».

Paul François est, lui, convaincu que la firme américaine connaissait les dangers du Lasso bien avant son interdiction en France en novembre 2007. Son avocat, Me François Lafforgue compte désormais «réintroduire le plus rapidement possible une demande d'indemnisation de M. François». «J'espère un résultat dans l'année», prévient-il. «Je m'attends à ce que le combat continue, après 8 ans d'acharnement quotidien de Monsanto, mais on ne reviendra plus jamais sur le fond», souligne Paul François.

«La pression était devenue énorme, quand j'ai réalisé que ce combat n'était plus seulement le mien», a ajouté l'agriculteur, qui a reçu des «soutiens des États-Unis, d'Amérique du Sud, d'Inde...» «Je suis très fatigué, mais ça valait le coup», a encore lâché Paul François, au bord des larmes, avant d'indiquer qu'il partirait «en vacances en famille d'ici 48 heures. J'ai besoin de repos», a-t-il expliqué.

L'avocat de la firme américaine, Me Jean-Daniel Bretzner, juge cette décision «très surprenante, eu égard aux inexactitudes et aux erreurs qui émaillent la thèse de Paul François.» Il assure par ailleurs qu'il ne s'agit que d'une «étape et la discussion va se poursuivre, le combat va se poursuivre», laissant entendre que le géant des semences et de l'agrochimie formera «vraisemblablement» un pourvoi en cassation. Cependant, cela n'empêchera pas le tribunal de se prononcer sur une indemnisation.

Monsanto envisage un pourvoi en cassation

«Le pot de terre peut gagner contre le pot de fer», s'est de son côté réjoui Paul François. Sa vie a basculé le 27 avril 2004 alors qu'il vérifie une cuve ayant contenu du Lasso, un herbicide pour le maïs qu'il «utilisait depuis au moins quinze ans», et qu'il inhale des vapeurs toxiques, relate l'agriculteur. Pris de malaise, il a juste le temps d'expliquer ce qui vient de se produire à son épouse avant de finir aux urgences, crachant du sang. «Tout ce qui est arrivé après, je ne m'en souviens pas.» Après cinq semaines d'arrêt, il reprend son travail, mais souffre d'importants problèmes d'élocution, d'absences, de maux de tête violents. Fin novembre, il s'effondre sur le carrelage de sa maison, où ses filles le découvriront inconscient.

S'ensuit une longue période d'hospitalisation durant laquelle les médecins craindront plus d'une fois pour sa vie, sans jamais faire le lien avec l'herbicide de Monsanto. «D'examen en examen, de coma en coma, on a fini par trouver une importante défaillance au niveau cérébral. Là, ma famille a commencé à faire son enquête sur le Lasso», à ses frais, explique l'agriculteur. Il faudra attendre mai 2005 pour identifier le coupable : le monochlorobenzène, solvant répertorié comme hautement toxique et entrant à 50% dans la composition de l'herbicide.

Lutte contre la maladie et combat juridique

La lutte contre la maladie fait place au combat juridique. D'abord, pour faire reconnaître sa rechute comme maladie professionnelle, officialisée en 2010. Puis contre la firme Monsanto, dont il est convaincu qu'elle connaissait les dangers du Lasso bien avant son interdiction en France, en novembre 2007. Cet herbicide avait en effet été jugé dangereux et retiré du marché au Canada dès 1985, et depuis 1992 en Belgique et au Royaume-Uni.

«La reconnaissance de la responsabilité de Monsanto dans cette affaire est essentielle : les firmes qui mettent sur le marché ces produits doivent comprendre que dorénavant, elles ne pourront plus se défausser de leurs responsabilités», estime dans un communiqué Maria Pelletier, présidente de Générations futures. «Il est temps que ces firmes cessent d'exposer des pans entiers de populations à ces produits dont la toxicité et la dangerosité n'est plus à démontrer», poursuit-elle.

http://www.leparisien.fr/societe/la-justice-confirme-la-responsabilite-de-monsanto-dans-l-intoxication-d-un-agriculteur-10-09-2015-5079665.php

Tag(s) : #Etat du monde

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