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Au Malawi, les ''fisis'' sont payés pour violer femmes et fillettes

Rencontre avec un « fisi », payé par des familles dans le sud du pays pour « purifier sexuellement » les femmes. Malgré la loi de 2013 qui interdit cette pratique du viol contractualisé.

Partout ailleurs, il aurait peur d’être derrière les barreaux. A Nsanje, dans l’extrême sud du Malawi, il s’assied sous un manguier, étire les bras sous la pluie battante et a le sourire facile. Louis Foté est une « hyène », un fisi en langue chichewa. Payé pour avoir des relations sexuelles non consenties – et non protégées – avec des fillettes, des jeunes filles, des femmes, il parcourt les communautés et prodigue ses services à la demande des familles qui redoutent les malheurs qui leur sont promis s’ils ne respectent pas la « tradition ».

La « tradition » du camp d’« initiation sexuelle », où les jeunes Malawites sont envoyées par leur famille, dès leurs premières règles, à 9, 12 ou 15 ans, pour être déflorées de force et apprendre à satisfaire sexuellement les hommes. Une « tradition » qui impose aux femmes d’être « purifiées » pour leur enlever un sort, lutter contre une maladie ou chasser le fantôme d’un enfant, d’un mari ou d’un frère décédé. « En somme, je leur évite des problèmes », se vante Louis Foté.

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« Je m’appelle Louis, j’ai 39 ans, et je suis une hyène, que voulez-vous savoir ? », embraye l’homme sur un ton amical. Partout au Malawi, les hyènes sont devenues un sujet tabou depuis la condamnation à deux ans de prison d’Eric Aniva en novembre 2016. Lors d’un procès très médiatisé, le premier sur la question, Eric Aniva, qui a vendu ses services de « hyène », a reconnu avoir eu des relations sexuelles avec 104 femmes dans le cadre du kusasa fumbi, la « purification sexuelle » des femmes.

Ces rites sexuels, autrefois pratiqués dans plusieurs pays d’Afrique, sont aujourd’hui en déclin, condamnés à l’unisson par les pouvoirs en place. Au Malawi, une loi interdisant ces pratiques a même été votée en 2013. Depuis, la police a fait de la traque des fisi son cheval de bataille. Mais Louis Foté ne semble guère s’en inquiéter : il blâme le caractère politique de l’affaire Aniva, et ajoute en riant : « Et de toute façon, moi je n’ai pas couché avec 104 personnes ! »

Alors, combien ? « Six, sept, tout au plus », lance-t-il d’abord, avant de semettre à compter sur les doigts de ses deux mains : « Elle, elle aussi, elle, et puis ces amies de la famille, elles… » Etaient-elles mineures ? « Pour certaines, oui », passe-t-il vite en reprenant son décompte. Au bout de quelques minutes, le total atteint la vingtaine, puis la trentaine. Comprenant tout à coup l’absurdité de la situation, Louis Foté s’arrête : « Non, non, très peu je vous dis. » Le fisi, mâchoire imposante et démarche pleine d’assurance, n’en est pas à une contradiction près : « C’est parce que j’ai de l’expérience que les gens viennent me voir. C’est mon métier et j’aime mon métier. »

Cela fait dix-neuf ans que Louis Foté est payé pour ces viols contractualisés. Il affirme toucher entre 20 000 et 25 000 kwachas (entre 23 et 30 euros) pour chaque relation sexuelle, quand les ONG parlent d’un montant bien plus faible, quelques milliers de kwachas tout au plus.« Quand j’avais 20 ans, les chefs traditionnels du village m’ont proposé dedevenir fisi, j’ai dit oui. C’était de l’argent facile, et les femmes y prennent du plaisir ! »

Marié et père de cinq enfants, le fisi avoue en avoir sans doute beaucoup plus, avec « les autres femmes ». Selon un test VIH effectué il y a trois mois, il est séropositif mais ne s’en soucie guère, pestant tout au plus contre celle qui le lui a transmis, sans penser aux dizaines de filles et de femmes qu’il a sans doute contaminées. « Ce n’est pas bien grave, élude-t-il.Beaucoup de gens d’ici ont le virus et arrivent à s’en sortir. » Au Malawi, 10 % de la population est porteuse du VIH, et plus encore dans le district de Nsanje, le plus touché par le virus.

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Au Malawi, les ''fisis'' sont payés pour violer femmes et fillettes

« Les parents inscrivent leurs filles au camp, c’est une affaire familiale,explique Esitele Paulo, l’une des deux organisatrices du camp où a été envoyée Awa Kandaya. Elles se présentent durant les vacances de septembre et sont à nous pour deux semaines. » Deux semaines pour faire de ces fillettes des « femmes » avant l’heure censées être aptes à prendre en main un foyer.

Véritable outil d’asservissement aux hommes, le camp d’initiation est dirigé par deux femmes. « On part à l’écart du village, dans un bâtiment loin des hommes où nous sommes seules avec les organisatrices du camp », se souvient la jeune Awa. « Une fois que les premiers rituels commencent, on comprend qu’on est là pour apprendre à plaire à un homme, comment lui faire plaisir sexuellement », continue-t-elle. Devenue anxieuse à l’évocation de ses souvenirs, la jeune fille perd son sourire. (...)

« On les emmène à la rivière, les filles se déshabillent, elles doivent être nues, explique sans gêne la tenancière du lieu, pieds nus et vêtue de sonchitenje traditionnel bleu roi. Elles s’essaient à la danse chisamba, à remuerleurs fesses pour exciter les hommes. » Toujours nues, les enfants se frottent les unes contre les autres, puis s’allongent et doivent simulerchacune l’acte sexuel. Sur une vieille chaise en plastique de l’école catholique Namulenga, Esitele Paulo raconte sans sourciller ce qu’elle fait depuis « des dizaines d’années ».

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Doriss Liva a 13 ans. Fin décembre 2016, un soir, on l’a obligé à dormirseule. « Au début, je n’ai pas compris pourquoi j’étais seule. Mais, pendant la nuit, un homme est venu. J’ai crié, mais il m’a forcée. » Ses parents pensaient qu’elle était tombée enceinte et qu’elle avait avorté. Convaincus d’être frappés de malheurs et de maladies comme la tradition les en menace, ils ont fait appel à un fisi pour « purifier » leur fille. « Rien de tout ça n’est vrai, je n’ai jamais été enceinte… Mes parents m’ont juste vu marchermain dans la main avec un garçon. C’était mon copain, rien de plus. »

Dehors, la pluie est incessante et les chemins de terre se creusent. Doriss les regarde d’un air absent. Deux fois violée, la première fois à 9 ans dans un camp d’« initiation sexuelle » et la seconde à 13 ans, la jeune fille ne veut plus entendre parler des garçons. « Je l’ai emmené faire des tests. Vousvous rendez compte si elle a le VIH ou si elle est enceinte ? », s’indigne sa tante Esta. Elle est furieuse que son frère ait fait appel à une hyène pour « purifier » sa fille, ne comprend pas cette tradition « absurde » et a accueilli Doriss chez elle quand celle-ci a décidé de s’enfuir de chez ses parents. Cette crainte de la contamination par le sida est dans toutes les têtes.

Annie Minus, 44 ans, « purifiée » à trois reprises, et Joana Susan, 47 ans, « purifiée » à deux reprises, sont toutes deux séropositives. Elles ont perdu leur mari, leur frère, leur fils, et la famille a fait appel à une hyène pourempêcher l’âme du défunt de rôder dans la demeure matrimoniale. « On est enfermés avec le fisi, trois jours durant, et on est à lui, autant de fois qu’il le veut, raconte Annie, qui n’a depuis plus voulu avoir de mari ni de relation sexuelle. La seconde fois, je suis tombé enceinte du fisi. Je ne l’ai jamais dit à personne, je préfère qu’on pense que c’est un enfant de mon mari. » (...)

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/07/26/louis-hyene-depuis-presque-vingt-ans-et-fier-de-l-etre_5165080_3212.html 

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/07/23/dans-le-sud-du-malawi-dans-les-camps-d-initiation-sexuelle-pour-fillettes_5164041_3212.html

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/07/25/dans-le-district-de-nsanje-le-viol-des-femmes-est-consacre-par-la-tradition_5164632_3212.html

Tag(s) : #Etat du monde

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